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Une recherche trouve des analgésiques, des résidus d'engrais, et des sous-produits de désinfection dans des eaux embouteillées

Des contaminants cancérigènes trouvés dans des eaux en bouteille achetée dans cinq États américains dépassent largement les normes volontaires de l'industrie. Le groupe à l’origine de la recherche recommande de filtrer l'eau du robinet.


Un vaste éventail de polluants
Les bouteilles d'eau en plastique contribuent au réchauffement climatique
Un poids, deux mesures
Les recommandations du Environmental Working Group

À 1900 fois le prix de l'eau du robinet, les consommateurs pourraient s’attendre à boire une eau embouteillée de meilleure qualité que celle qui sort d’un simple tuyau d’arrosage. Selon une recherche scientifique menée à la demande d’un groupe écologiste de Washington, le Environmental Working Group (EWG), ce n'est pourtant pas le cas. Entre autres constatations navrantes, mentionnons la présence de sous-produits toxiques de la désinfection par chloration, de trihalométhanes et de bromodichlorométhane (aux effets tout aussi néfastes que leurs noms le laissent entendre).


Cela porte à croire que les revenus de l'industrie de l'eau embouteillée deviennent de purs bénéfices, étant donné que l'eau du robinet est somme toute gratuite. Les dépenses se limitent à la production des bouteilles et au transport, deux activités fort polluantes. À ne pas oublier, bien entendu : les coûteuses campagnes promotionnelles destinées à saturer les médias d’images de sources de montagne et de modèles masculins et féminins pleins de vitalité, toujours leur bouteille d’eau à la main.


On peut difficilement nier l'efficacité de la publicité : chaque année, les Américains consomment 100 litres d’eau en bouteille par personne en moyenne – deux fois plus qu'en 1998 – soit plus de 34 milliards de litres. Au Canada, on trouve sensiblement la même tendance, avec une consommation qui est passée d’un peu moins de 30 litres en 1998 à 60 litres par personne en 2005, selon la Beverage Marketing Corporation. Aux États-Unis, la production de bouteilles d'eau requiert à elle seule 1,5 million de barils de pétrole par année. Autant d’énergie qu’en consomment 250 000 maisons ou 100 000 voitures pendant la même période.


Les résultats des recherches scientifiques le montrent clairement : l’énergie et l’argent utilisés pour produire et acheter de l’eau en bouteille sont dépensés en pure perte, littéralement. Pire, l’on jette de la poudre aux yeux de millions de consommateurs confiants en leur faisant croire que cette eau est meilleure pour leur santé, alors que c’est vraisemblablement loin d’être le cas.


Une vaste gamme de polluants
À la demande d’EWG, un des meilleurs laboratoires indépendants de mesure de la qualité de l'eau aux États-Unis a effectué des tests sur 10 marques populaires d'eau en bouteille. Les échantillons étudiés provenaient d’épiceries et de détaillants de 9 États et du district fédéral de Columbia. Les résultats ont montré que chaque marque contenait en moyenne 8 contaminants, pour un total de 38 polluants chimiques.

Dans au moins deux cas – les marques des magasins Walmart et Giant – les eaux en question provenaient manifestement d’un réseau d’aqueduc municipal, car elles portaient la signature chimique du traitement (un «cocktail » de sous-produits de désinfection au chlore). L'eau Giant contenait même du fluorure. Autrement dit, du point de vue chimique, il était impossible de faire la différence entre cette eau et celle du robinet. (La différence de prix, par contre, était saisissante !)


Les analyses effectuées par le University of Iowa Hygienic Laboratory sur les 10 marques d'eau en bouteille ont révélé la présence de toute une série de polluants tels que : 

  • des sous-produits de désinfection ;
  • des polluants urbains typiques des eaux usées, p. ex., de la caféine et des produits pharmaceutiques (Tylenol) ;
  • des métaux lourds et des minerais, p. ex., de l’arsenic et des isotopes radioactifs ;
  • des résidus d'engrais (nitrate et ammoniaque). 

La recherche rapporte également la présence d'autres produits chimiques industriels utilisés comme dissolvants – plastifiants, agents de contrôle de viscosité, poudres propulsives –, qui serait à confirmer.


La concentration de certains produits chimiques dans les marques Sam's Choice et Acadia dépassaient les limites établies par la législation californienne, voire celles adoptées volontairement par l'industrie de l'eau embouteillée elle-même. Des bouteilles d’eau Sam's Choice, achetées à plusieurs endroits de la baie de San Francisco, contenaient des trihalométhanes, un sous-produit de désinfection, en quantités qui dépassaient la limite légale de l'État pour l'eau en bouteille (CDPR 2008 - en anglais seulement). Ces sous-produits, qui se forment quand les désinfectants réagissent avec la pollution résiduelle dans l'eau, sont liés au cancer et à des problèmes de fertilité. Selon les représentants de Walmart, ces bouteilles contenaient de l’eau provenait de robinets de la région de Las Vegas.


Les tests en laboratoire ont également montré que la marque de Walmart, Sam’s Choice, contenait du bromodichlorométhane, un produit chimique cancérigène, en quantités supérieures aux normes de sécurité californiennes. EWG a d’ailleurs intenté une poursuite afin d’obliger Walmart à ajouter sur les bouteilles l’avertissement qui suit :  «AVERTISSEMENT : ce produit contient un produit chimique considéré comme cancérigène par l'État de la Californie.»


Fait à noter, l’eau de la chaîne Giant, Acadia, dont le contenu en trihalométhanes et en bromodichlorométhane dépassait les normes californiennes, n’est vendue que dans les États Moyen-Atlantiques.


(Nota : L'étude réalisée pour le EWG montre clairement que les consommateurs ne peuvent pas se fier aux embouteilleurs pour avoir une eau plus pure que celle du robinet, mais elle n'a pas été conçue pour établir les « profils » de certaines marques en termes de pollution. Walmart et Giant étaient nommées parce que les résultats obtenus sur une période donnée montraient que les contaminants en question dépassaient systématiquement soit les normes de l'État, soit les normes volontaires adoptées par l'industrie.)


Devant de tels résultats, l’on ne peut que s’interroger : comment croire, aujourd’hui, à la pureté de l'eau en bouteille ?
 
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Un poids, deux mesures
Selon le Dr Gina Solomon, du Natural Resources Defense Council, un groupe écologiste apolitique international et indépendant basé aux États-Unis, un des problèmes aux États-Unis tient au fait que l'eau du robinet et l'eau en bouteille ne sont pas régies par les mêmes organismes. L'eau du robinet tombe sous la coupe de la Environmental Protection Agency (EPA), qui exige que plusieurs tests journaliers soient exécutés et que le public ait accès aux résultats.


L’eau embouteillée, par contre, est régie par la Food and Drug Administration (FDA), qui laisse à l'industrie le soin d’effectuer des tests hebdomadaires, sans l’obliger à informer le public ou les autorités des résultats.


Au Canada, l'eau en bouteille est présentement réglementée comme un produit alimentaire par le gouvernement fédéral, par l’entremise de Santé Canada. L’Agence canadienne d'inspection des aliments analyse périodiquement des échantillons d’eaux en bouteille importées et domestiques. Ces tests se limitent toutefois à la contamination bactérienne et il n'est pas possible d’en connaître la fréquence, ni de savoir jusqu’où ils vont. La réglementation sur l’eau du robinet, par contre, est beaucoup plus sévère. Les eaux municipales sont continuellement testées, avant et après avoir été traitées.


Au Canada comme aux États-Unis, il est clair que l'eau du robinet est scrutée de beaucoup plus près par les autorités.


Ceci n'empêche pas l'industrie de l'eau embouteillée de clamer que ses règlements internes sont plus stricts que ceux de la FDA (IBWA 2008b - en anglais seulement). Elle refuse cependant de fournir des preuves à ce sujet. De toute manière, quelles que soient ces normes, leur valeur pour la santé publique est contestable si les entreprises n'arrivent pas à les respecter.
 

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Les bouteilles d'eau en plastique contribuent au réchauffement global
En janvier dernier, un organisme canadien, le Polaris Institute, a mis en relief les liens directs qui existent entre les producteurs d'eau en bouteille et « les plus grandes sociétés de pétrole, de produits chimiques et de plastique de la planète. » Le plus important, bien entendu, tient à la production de ces petites bouteilles en plastique, en apparence si anodines.


La chaîne d'approvisionnement pour ces bouteilles en plastique PET (polyéthylène téréphtalate) s’alimente à deux sources, toutes deux dérivées du pétrole brut : l’acide téréphtalique (PTA) et le glycol d'éthylène (MEG). Oui, les bouteilles en plastique sont faites de combustibles fossiles et de produits chimiques dérivés de ressources non renouvelables !


De plus, la production des bouteilles en plastique dégage dans l'air et dans l’eau des quantités substantielles de produits chimiques toxiques. Autrement dit, l'eau en bouteille contribue au réchauffement climatique.


Conclusion du Polaris Institute : « les liens intimes entre l'industrie de l'eau en bouteille et les industries polluantes du pétrole, de la pétrochimie et du plastique sont en contradiction profonde avec les efforts déployés par les compagnies d'eau pour présenter leurs produits comme sains et propres. »

Recommandations du Environmental Working Group
Inquiet face au contenu douteux des eaux en bouteille, le EWG a émis un certain nombre de recommandations, notamment la divulgation complète de : 

  • tous les résultats des tests
  • toutes les techniques de traitement utilisées
  • le nom et l’endroit d’où l'eau provient

EWG préconise également une protection accrue de la santé publique et de l'environnement, en recommandant que :

  • l’on prenne plus grand soin des rivières, ruisseaux et eaux souterraines qui sont les sources d'eau potable en Amérique 
     
  • les consommateurs boivent l'eau de robinet filtrée plutôt que l'eau en bouteille, faisant valoir que des filtres de carbone coûtent en moyenne 12 fois moins cher que l'eau en bouteille typique et permettent de retirer bon nombre des contaminants qui se trouvent dans l’eau du robinet.

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Sources
(Nota : Comme la recherche a été réalisée aux États-Unis, les sources sont en anglais exclusivement.)


Le Environmental Working Group
http://www.ewg.org/reports/bottledwater


Les législateurs demandent que l’on examine les étiquettes des eaux en bouteille – Voyez le compteur qui indique continuellement combien de milliards de boîtes et de bouteilles s’ajoutent aux détritus et aux sites d’enfouissement ou qui sont incinérées aux États-Unis cette année. 
http://www.container-recycling.org/mediafold/newsarticles/plastic/2008/2-14-Fox-LawmakersCallFor.htm


L’eau embouteillée au Canada.
http://www.cela.ca/faq/cltn_detail.shtml?x=1506#1701


Du pétrole dans mon eau ?
http://www.insidethebottle.org/oil-my-water


CDPR
http://www.cdpr.ca.gov/docs/emon/ehap.htm


IBWA
http://www.bottledwater.org/public/policies_main.html


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